On entend par mortalité les décès survenant dans la population. La mort frappera, en temps voulu, tous les membres d'une population mais son taux d'incidence est fonction de nombreux facteurs, tels que l'âge, le sexe, la race, l'occupation et la classe sociale — et cette incidence est très révélatrice du niveau de vie et de soins de santé d'une population.
Taux de mortalité
Le taux de mortalité (appelé également taux brut de mortalité) est le nombre de décès pour 1.000 habitants durant une année donnée.
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Au début des années 90, le taux de mortalité de la Turquie était de 6,6 pour 1.000 habitants. Au début des années 90, le taux de mortalité de la Guinée était de 20 pour 1.000 habitants, tandis qu'à Singapour, ce taux était de 5 pour 1.000 habitants. |
Les taux brut de mortalité sont fonction d'un grand nombre de caractères de la population et notamment de la structure par âge. Il est donc prudent, en comparant les taux de mortalité entre les pays, de procéder à des ajustements pour tenir compte des différences de composition par âge avant d'arriver à des conclusions concernant les conditions sanitaires, économiques ou écologiques d'un pays.
Par exemple, le taux brut de mortalité de la Suède est supérieur à celui de Panama — 11 pour 1.000 habitants contre 5 pour 1.000 — bien qu'en Suède l'espérance de vie à la naissance soit de 79 ans, contre 74 ans au Panama. La supériorité du taux brut de mortalité de la Suède est imputable aux différences de composition par âge entre les deux pays. 18 % de la population de la "vieille" Suède se situe dans la tranche d'âge de 65 ans et plus, où les risques de décès sont plus grands, tandis que le "jeune" Panama n'enregistre que 3 % de personnes âgées dans toute sa population. Ainsi donc, la Suède a chaque année, dans l'ensemble de sa population, une proportion plus élevée de décès que le Panama, bien que les conditions sanitaires y soient meilleures.
Taux de mortalité par âge
On peut calculer les taux de mortalité par âge afin de comparer la mortalité à des âges différents ou définir l'évolution de la mortalité à un certain âge dans le temps. On peut également effectuer des comparaisons entre pays ou entre régions.
Comme la mortalité varie beaucoup par sexe et par race, les taux de mortalité par âge sont souvent indiqués séparément pour les hommes et les femmes et pour les divers groupes raciaux d'une population.
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A Porto Rico, en 1994, le taux de mortalité par âge des personnes âgées de 40 à 44 ans était de 4,4 décès pour 1.000 habitants du même âge. Par contre, en 1994, le taux de mortalité par âge des personnes âgées de 70 à 74 ans à Porto Rico était de 33 décès pour 1.000 habitants du même âge. |
Taux de mortalité par cause
D'ordinaire, on exprime les taux de mortalité par cause en morts pour 100.000 personnes ; en effet, pour la plupart des causes de mort, les taux d'incidence sont très faibles.
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En 1996, 205 personnes sur 100.000 habitants sont mortes du cancer aux Etats-Unis. |
Figure 4
Taux de mortalité par âge et sexe, Canada, 1945 et 1994
Source : Annuaires démographiques des Nations Unies, 1948, 1995 et 1996.
Proportion de décès pour une cause précise
L'incidence d'une cause précise de mort peut être exprimée en pourcentage de l'ensemble des décès.
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En 1996, 23 % de toutes les morts enregistrées aux Etats-Unis étaient provoquées par des cancers. |
Les causes de décès varient beaucoup d'une population à l'autre et d'une période à l'autre, et sont fonction de nombreux facteurs, telles que les conditions sanitaires et écologiques. En 1900, aux Etats-Unis, les maladies que l'on peut regrouper sous la catégorie pneumonie-bronchite-grippe furent la cause principale des décès, totalisant 17,2 % du total des décès, tandis que les maladies cardiaques ne représentaient que 7,1 % du total des décès.
En 1996, cependant, les maladies cardiaques étaient la cause principale des décès (31,6 % du total des décès), tandis que la catégorie pneumonie-bronchite-grippe n'était responsable que de 3,6 % des décès. La proportion de décès pour une cause précise ne doit pas être confondue avec le taux de mortalité par cause.
Taux de mortalité infantile
Le taux de mortalité infantile est le nombre de morts d'enfants de moins d'un an pour 1.000 naissances vivantes durant une année donnée.
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En 1996, il y a eu, au Vénézuela, 17 morts d'enfants de moins d'un an pour 1.000 naissances vivantes. En 1996, la Suède avait le plus faible taux de mortalité infantile du monde : 3,5 pour 1.000 naissances vivantes. Un taux élevé serait celui de Malawi, avec 140 morts pour 1.000 en 1997. |
On estime que le taux de mortalité infantile est une bonne indication de la situation sanitaire d'une population.
Rapport de mortalité maternelle
Le rapport de mortalité maternelle est le nombre de femmes qui meurent des suites d'une grossesse ou d'un accouchement durant une année donnée pour 100.000 naissances vivantes durant cette année. Les morts provoquées par les complications des avortements spontanés ou des avortements provoqués sont incluses.
En 1994, il y a eu, en Russie, 13 morts maternelles pour 100.000 naissances vivantes. |
Cette mesure est parfois appelée taux de mortalité maternelle ; il est prudent de bien préciser le dénominateur lorsque l'on se sert de ces mesures. Un véritable taux de mortalité maternelle s'obtient en divisant le nombre de décès maternels par le nombre de femmes ayant l'âge de procréer dans la population.
Dans la pratique, un décès maternel est le décès d'une femme pendant la grossesse ou au cours d'une période de 42 jours suivant l'interruption de grossesse, dont la cause est liée à ou aggravée par une conséquence de la grossesse ou de sa gestion, mais qui n'est pas attribuable à un accident ou à un incident.
Espérance de vie
L'espérance de vie est une estimation du nombre moyen d'années qu'une personne pourrait espérer vivre si les taux de mortalité par âge pour une année donnée restaient les mêmes jusqu'à la fin de sa vie. L'espérance de vie est une mesure hypothétique car elle est basée sur l'évolution des taux de mortalité actuels et des taux de mortalité réels tout au long de l'existence d'une personne. L'évolution future de la mortalité fera changer l'espérance de vie de chaque personne au fur et à mesure qu'elle vieillit.
| Si les taux de mortalité par âge de 1996 ne changent pas, les Brésiliens nés en 1998 peuvent espérer vivre 64,1 ans en moyenne. De même les Brésiliennes peuvent espérer vivre 70,6 ans. |
Comme cette mesure diffère sensiblement selon le sexe, l'âge actuel et la race d'une personne, on présente d'ordinaire ces catégories séparément les unes des autres. Cependant, l'espérance de vie à la naissance est la mesure d'espérance de vie la plus communément citée. L'espérance de vie est un indicateur des conditions de santé actuelles.
L'espérance de vie diffère sensiblement selon le pays. En 1996, l'espérance de vie au Malawi était de 46 ans contre 80 ans au Japon. En 1996, les Japonaises jouissaient de l'espérance de vie la plus élevée du monde, soit 83 ans.
Il convient de noter que les faibles espérances de vie associées à la population des pays en voie de développement sont en grande partie imputables à un taux élevé de mortalité infantile. Par exemple, en 1994, au Bangladesh, l'espérance de vie des femmes à la naissance était de 58 ans, mais si une Bangladaise parvenait à dépasser son premier anniversaire, elle pouvait s'attendre à une espérance de vie de 62 ans.
La table de mortalité
La table de mortalité, l'un des outils les plus performants du démographe, sert à simuler le taux de mortalité d'une population tout au long de son existence. On l'élabore à partir des taux de mortalité par âge de cette population, que l'on applique à une population hypothétique de 100.000 personnes, toutes nées sur la même période. Sur cette table, d'année en année, les décès ne cessent d'amenuiser les rangs de cette population hypothétique jusqu'à ce que, sur la dernière rangée de statistiques, même les survivants les plus anciens disparaissent.
Tableau 2 reproduit en partie une table de mortalité abrégée, applicable à une population d'hommes de Malaisie en 1995. Cette table est fondée sur des taux de mortalité et est abrégée de manière à regrouper les données par périodes de 5 ans, au lieu de les présenter année par année.
La colonne 1 indique la proportion d'hommes de chaque tranche d'âge dont le décès survient à cet âge-là. Ces données reposent sur les taux de mortalité réels d'une population connue. La colonne 2, partant d'une population de 100.000 hommes à la naissance, donne le nombre d'hommes en vie au début de chaque tranche de cinq ans. Chaque rangée de la colonne indique le nombre d'hommes ayant survécu à la période précédente. La colonne 3 montre le nombre de décès correspondant à chaque tranche d'âge (Colonne 3 = Colonne 1 x Colonne 2).
A la colonne 4, est présenté le nombre d'années vécues, au total, par les membres de la population appartenant à chaque tranche d'âge. La colonne 5 indique le nombre d'années de vie partagées, au total, par les membres de la population à cette tranche d'âge et à toutes les tranches d'âge successives. Cette valeur tient compte de la fréquence des décès durant la période en question et les suivantes. A mesure que l'âge augmente et que la population diminue, le nombre total d'années-personnes restant aux survivants ira forcément en diminuant.
L'espérance de vie est indiquée à la colonne 6. Par exemple, le total d'années-personnes correspondant à chaque période divisé par le nombre de personnes en vie au début de la période en question est égal à l'espérance de vie, c'est-à-dire au nombre moyen d'années de vie restant à une personne de cette tranche d'âge (Colonne 6 = Colonne 5 ÷ Colonne 2). En divisant le nombre d'années-personnes correspondant aux Malaisiens qui dépassent l'âge de 70 ans (602.260) par le nombre total de ces hommes (59.464), on constate qu'il leur reste encore 10,1 ans à vivre.
De fait, l'espérance de vie augmente avec l'âge — une sorte de "prime" pour les survivants. Les 59.464 Malaisiens qui ont atteint 70 ans peuvent par exemple s'attendre à vivre jusqu'à 80 ans, bien au-delà de leurs 69 ans d'espérance de vie à la naissance.
Tableau 2
Comment fonctionnent les tables de mortalité : Table de mortalité masculine abrégée pour la Malaisie, 1995
(1)
(2)
(3)
(4)
(5)
(6)
Age
Proportion de décès durant la période
Nombre de personnes vivantes au début de la période
Nombre de décès durant la période
Personnes vivantes
Nombre d'années qui restent à vivre (espérance de vie)
Appartenant à chaque tranche d'âge
A cette tranche d'âge et à toutes les tranches d'âge succ-
essives
1<
0,01190
100.000
1.190
98.901
6.938.406
69,38
1-5
0,00341
98.810
337
394.437
6.839.505
69,22
5-10
0,00237
98.473
233
491.782
6.445.067
65,45
10-15
0,00270
98.240
265
490.536
5.953.285
60,60
---
---
---
---
---
---
---
65-70
0,16050
70.833
11.368
325.743
928.004
13,10
70-75
0,25762
59.464
15.319
259.024
602.260
10,13
75-80
0,34357
44.145
15.167
182.808
343.237
7,78
80+
1,00000
28.978
28.978
160.428
160.428
5,54
Source : Département des statistiques, Malaisie, 1997.