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Guide de démographie

Chapitre 3 : Fécondité

Le terme fécondité fait référence au nombre de naissances vivantes des femmes en âge de procréer. Il diffère du terme fertilité qui désigne la capacité reproductive des femmes. La fécondité est fonction d'un certain nombre de facteurs qui sont eux-mêmes liés à de nombreux facteurs sociaux, culturels, économiques, sanitaires et autres causes exogènes. Ce chapitre se donne pour mission de présenter les facteurs qui semblent avoir un impact direct sur la fécondité.

Taux de natalité

Le taux de natalité (également appelé taux brut de natalité) indique le nombre de naissances vivantes pour 1.000 habitants durant une année donnée.1

En 1994, il y a eu au Koweït 24 naissances pour 1.000 habitants de la population totale.

Dans le monde, les taux bruts de natalité varient beaucoup. Le taux de 47 pour 1.000 enregistré par le Sahara occidental en 1996 est très élevé, alors que le taux de 9, qui est celui de l'Italie, est assez faible.

Les naissances ne sont qu'un élément des mouvements de population et le taux de natalité ne doit pas être confondu avec le taux de croissance, qui réunit tous les éléments des mouvements de population.

Taux général de fécondité

Le taux général de fécondité (également appelé taux de fécondité) est le nombre de naissances vivantes pour 1.000 femmes âgées de 15 à 49 ans2 durant une année donnée.

Le taux général de fécondité est une mesure plus complexe que le taux brut de natalité car il relie de plus près les naissances à la tranche d'âge et de sexe qui est exposée au risque d'avoir un enfant (c'est à dire les femmes âgées de 15 à 49 ans). On élimine alors les distorsions qui pourraient se produire en raison des différences de répartition par âge et par sexe dans l'ensemble d'une population. Ainsi donc, le taux général de fécondité indique les modifications du niveau de fécondité beaucoup mieux que ne le fait le taux brut de natalité.

En 1995, il y a eu au Rwanda 62 naissances par 1.000 femmes âgées de 15 à 49 ans.

Le taux général de fécondité du Yémen — l'un des taux les plus élevés du monde — était de 238 naissances vivantes par 1.000 femmes âgées de 15 à 49. En 1996, la République Tchèque avait un taux peu élevé de 34 pour 1.000 femmes âgées de 15 à 49 ans.

Taux de fécondité par âge

On peut également calculer des taux de fécondité pour telle ou telle tranche d'âge afin d'effectuer des comparaisons dans le temps ou voir quelles sont les différences de comportement en matière de fécondité à des âges différents.

En Autriche, en 1994, il y a eu 81 naissances vivantes par 1.000 femmes âgées de 20 à 24 ans.

Au Kenya, en 1993, il y a eu 266 naissances vivantes pour 1.000 femmes âgées de 20 à 24 ans. Au Brésil, en 1996, ce taux était de 153 et de 62 au Portugal.

Comparons les taux de fécondité des portoricaines appartenant aux tranches d'âge indiquées ci-dessous.

En 1994, il y a eu 134 naissances vivantes à Porto Rico par 1.000 femmes de la tranche d'âge de 20 à 24 ans.

En 1994, le taux de fécondité des femmes âgées de 20 à 24 ans était égal à environ la moitié de ce qu'il était en 1965. En 1985 et 1994, ce taux pour les femmes âgées de 30 à 34 ans était pratiquement égal.

Descendance complète

Le nombre d'enfants nés d'une femme à divers âges de maternité est une mesure du taux de fécondité de la population. Cette mesure est utile uniquement si la tranche d'âge des femmes considérées est spécifiée. Lorsque cette mesure est calculée pour les femmes âgées de 49 ans et plus, on l'appelle le taux de descendance complète ; il permet de répondre à la question suivante : combien d'enfants une cohorte de femmes a-t-elle eu en moyenne durant leurs années de procréation ?

En 1995, les femmes guatémaltèques âgées de 45 à 59 ans avaient un taux de descendance complète de 4,9 naissances par femme. Ce taux était de 3,4 pour les femmes du Kazakhstan.

Il arrive toutefois que l'on ait besoin de connaître la somme des taux de fécondité générale à un moment donné, sans devoir attendre la fin des années de procréation. C'est alors que l'on utilise l'indice synthétique de fécondité.

Indice synthétique de fécondité

L'indice synthétique de fécondité (ISF) est le nombre moyen d'enfants qui seraient nés vivants d'une femme (ou d'un groupe de femmes) pendant sa vie si elle vivait ses années de procréation en se conformant aux taux de fécondité par âge d'une année donnée.

Figure 3
Indice synthétique de fecondité, France, 1901–1995

* Aux niveaux actuels de mortalité
Source : Institut national d'études démographiques (INED), Population 52, no. 5 (Paris: INED, 1997) : p. 1169.

Cet indice exprime en un chiffre unique la fécondité des femmes à une époque donnée. Autrement dit, il représente le nombre d'enfants qu'aurait une femme, pourvu que les taux de fécondité d'une année donnée puissent s'appliquer à elle tout au long de sa vie reproductive.

L'ISF est une mesure synthétique ; il est fort peu probable que pendant trente ans, une femme suive précisément les taux de fécondité par âge d'une année unique quelconque. En réalité, les taux par âge varient au cours des ans, ne serait-ce que graduellement. Par exemple, il se peut que les femmes ayant appartenu à la tranche d'âge de 15 à 19 ans en 1998 reculent le moment d'avoir des enfants davantage que les femmes qui avaient le même âge, par exemple en 1980. Ce faisant, les premières abaisseraient légèrement l'ISF en 1998, mais le feraient remonter quelques années plus tard, lorsqu'elles commenceraient à avoir des enfants. Ainsi, les variations de l'ISF d'une année à l'autre peuvent refléter un changement dans la chronologie des naissances plutôt qu'un changement dans le nombre moyen d'enfants auxquels les femmes donnent le jour. Cependant, l'ISF est l'une des mesures les plus importantes de la fécondité car il permet de répondre aussi exactement que possible à la question suivante : combien d'enfants les femmes ont-elles de nos jours ?

Tableau 1
Calcul de l'indice synthétique de fécondité d'Israël, 1994

Age des femmes (1)
Nombre de femmes
(2)
Nombre de naissances
(3)
Taux de fécondité
(2) ÷ (1)
(4)
Taux de fécondité par âge
(3) x 5
15-19 244.000 4.474 0,018 0,090
20-24 225.800 28.013 0,124 0,620
25-29 194.200 36.440 0,188  0,940
30-34   182.300 27.402  0,150  0,750
35-39 181.400 14.044 0,077 0,385
40-44 177.600 3.176 0,018 0,090
45-49 151.100 182 0,001 0,005
Somme = 
2,88

Les taux de la colonne (3) estiment dans quelle mesure il est vraisemblable qu'une femme aura un enfant, pour chacune de ses années de procréation — en d'autres termes, ils donnent une idée approximative du "risque" qu'elle court d'avoir un enfant. La multiplication de ces valeurs par cinq donne le nombre d'enfants qu'elle aurait par tranches d'âges de cinq ans. Chaque femme est exposée à un "risque" annuel cinq fois plus grand dans chaque tranche d'âge, le risque étant de 0,124 quand elle a 20 ans, de 0,124 quand elle a 21 ans et ainsi de suite. La somme de ces valeurs pour toutes les tranches d'âge donne le nombre d'enfants qu'elle aurait à 49 ans, soit son indice synthétique de fécondité.

En 1994, l'indice synthétique de fécondité en Israël était de 2,88 naissances par femme (ou 2.880 naissances par 1.000 femmes) (voir Tableau 1). Donc, si les taux de fécondité par âge de 1994 devaient rester inchangés, les Israéliennes auraient en moyenne 2,9 enfants chacune durant leurs années de procréation.

Dans nombre de pays en voie de développement, l'ISF est supérieur à cinq enfants par femme. Dans la plupart des pays développés, ce taux est inférieur à deux.

Taux brut de reproduction

Le taux brut de reproduction (TBR) est le nombre moyen de filles auxquelles une femme (ou un groupe de femmes) donnerait naissance durant son existence si elle vivait ses années de procréation en se conformant aux taux de fécondité par âge d'une année donnée. Ce taux est semblable à l'ISF, sauf qu'il ne prend en considération que les naissances de filles et qu'il mesure littéralement la "reproduction" — une femme se remplaçant elle-même lorsqu'elle a une fille.

Taux net de reproduction

Le taux net de reproduction (TNR) est le nombre moyen de filles auxquelles une femme (ou un groupe de femmes) donnerait naissance si pendant toute son existence elle se conformait aux taux de fécondité et de mortalité par âge d'une année donnée. Ce taux est voisin du TBR, mais il lui est toujours inférieur car il tient compte du fait que certaines femmes mourront avant d'avoir vécu toutes leurs années de procréation.

Le TBR au Burkina Faso en 1993 était de 3,5, alors qu'il était seulement de 0,86 au Royaume-Uni. En d'autres termes, si les niveaux de fécondité des femmes au Burkina Faso restaient les mêmes, à 3,5 filles en moyenne une femme donnerait naissance durant sa vie. Au Royaume-Uni, par contre, la moyenne serait légèrement inférieure à une fille par femme.

Au Burkina Faso, en moyenne une fille mourrait avant d'avoir vécu toutes ses années de procréation.

Rapport enfants-femmes

Le rapport enfants-femmes est le nombre d'enfants de moins de 5 ans pour 1.000 femmes en âge de procréer durant une année donnée. Cette mesure sert d'indicateur de fécondité, notamment quand on manque de statistiques détaillées au sujet des naissances.

En 1995, il y avait en Australie 279 enfants de moins de 5 ans pour 1.000 femmes en âge de procréer.

En Slovénie, en 1995, le rapport enfants-femmes était de 191.
En Ouganda, le rapport enfants-femmes était de 905.

Fécondité de remplacement

La fécondité de remplacement est le niveau de fécondité où une cohorte de femmes, en moyenne, n'a que suffisamment de filles "pour se remplacer" dans la population. Un taux net de reproduction de 1,00 est égal au niveau de remplacement.

Une fois atteint le niveau de la fécondité de remplacement, les naissances atteignent progressivement l'équilibre avec les décès et, en l'absence d'immigration et d'émigration, une population finit par arrêter de croître pour devenir une population stationnaire. Le temps nécessaire à ce processus varie considérablement selon la structure par âge de la population.

Aujourd'hui, pratiquement tous les pays développés ont une fécondité égale ou inférieure au niveau de remplacement. Avec un taux net de reproduction de 0,85 en 1996, la Finlande se trouve actuellement au-dessous du niveau de remplacement ; néanmoins, la population finlandaise continue d'augmenter.

On peut également se servir de l'indice synthétique de fécondité pour indiquer la fécondité de remplacement en montrant le nombre moyen d'enfants qui est suffisant pour remplacer exactement les deux parents dans la population. Dans la plupart des pays développés, on considère que 2,1 est le niveau de remplacement. n indice synthétique de fécondité un peu supérieur à 2,0 (un enfant par parent) est nécessaire pour obtenir un niveau de remplacement car il naît légèrement plus de garçons que de filles et tous les enfants ne vivent pas jusqu'à l'âge de procréation. Dans les pays en voie de développement, où les taux de mortalité sont beaucoup plus élevés, il faut un indice synthétique de fécondité supérieur à 2,1 pour obtenir le niveau de remplacement.

Élan démographique

L'élan démographique désigne la tendance de la population à poursuivre sa croissance au-delà de la date à laquelle a été atteint le niveau de fécondité de remplacement. Une population dont l'indice synthétique de fécondité a été atteint ou est inférieur au niveau de remplacement peut continuer d'augmenter pendant plusieurs décennies car les niveaux passés élevés de fécondité donnent lieu à une forte concentration de personnes en âge de procréer. Le nombre total de naissances continue de dépasser le nombre total de décès au fur et à mesure que ces jeunes deviennent parents. Cependant, ce groupe important finit par vieillir et le nombre de décès continue d'augmenter pour atteindre ou dépasser le nombre de naissances. Ainsi donc, il se peut qu'il faille deux ou trois générations (50 à 70 ans) avant que chaque nouvelle naissance soit compensée par un décès dans la population. Bien que la Finlande ait eu une fécondité égale au niveau de remplacement à la fin des années 60, elle enregistre encore environ 10.000 naissances de plus que de décès chaque année.

Taux de natalité des femmes non mariées

Le taux de natalité des femmes non mariées est le nombre de naissances vivantes des femmes non mariées pour 1.000 femmes non mariées âgées de 15 à 49 ans durant une année donnée. Ce taux indique le nombre d'enfants nés de femmes non mariées et ne doit pas être confondu avec le pourcentage des naissances hors mariage, qui est décrit ci-après.

En 1996, il y a eu aux Pays-Bas 18 naissances par 1.000 femmes non mariées âgées de 15 à 49 ans.

Pourcentage des naissances hors mariage

Le pourcentage des naissances hors mariage est le nombre de naissances vivantes des femmes non mariées (jamais mariées, veuves ou divorcées) pour 100 naissances vivantes totales durant une année donnée. Cette mesure est le rapport entre les naissances des femmes non mariées et les naissances totales.

En 1997, il y a eu aux Pays-Bas 19 % de naissances hors mariage.

En 1999, en Suède, le pourcentage des naissances hors mariage était de 55,3. Ce pourcentage était de 4,0 en Grèce.

Le pourcentage de naissances en dehors du mariage peut continuer de croître alors que le taux de naissances des femmes non mariées diminue ou reste stable. Ce phénomène peut se produire lorsque la proportion de femmes non mariées s'accroît.

1. La plupart des taux annuels, comme le taux de natalité, établissent un rapport entre des événements démographiques et la population à la fin du premier semestre (population au 1er juillet), qui est considéré comme étant la population moyenne exposée à un risque pendant l'année.
2. L'âge de procréation est supposé s'échelonner, à des fins statistiques, de 15 à 49 ou 15 à 44 ans.

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